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LATHAKH

ed.2018 - arc

Chap.2 - Chap.3 - Chap.4

 

 

- I -

 

    En faisant les cent pas-en-l'air, Tat Potar réfléchit à son analysant. Avant l'analyse, Zénon ne savait rien d'aMa - cette Machine-du-Je prophétisée par VonVopt. Il pouvait donc être facilement trompé. Inversement, dans ce domaine Tat, lui, avait du métier et savait mesurer le danger. Le message d'Eury pouvait venir du mausolée Vopt en bordure, mais pourquoi pas de la base au cœur que personne n'a jamais vue et dont on n' affirmait qu'une chose : elle n'avait jamais existé. Pourtant Toll l'avait suggéré à mi-mots. Il se dose un café triple pour calculer la situation : il allait devoir reprendre la piste de Zénon avec ses détours, au moins jusqu'à Eury. Or il appréhendait les risques à réouvrir les mémoires historiques.

    Fatigué de ces complexités Tat rêvait de reprendre une activité de démineur mais ne pouvait pas renoncer à maintenir la réactivité d'APSO*, l'invention qui avait résulté de sa démarche intrépide. Après qu'il eut organisé la psychanalyse par avatar interposé, cet avatar s'était mis à créer un logiciel sans qu'on l'attendît pour ça.
    Le psychanalyste vérifia le niveau du café pour s'attirer la meilleure solution ; inquiétante superstition.. le niveau était bas. Il vida tout dans le filtre ; il faudrait en racheter, faire un virement par Taire malgré le secret du voyage. Sa décision était prise, il allait retourner à la salle de pilotage, obtenir de Nathalie tout ce qu'elle savait, réfléchir et décider quoi faire. Il réalisa que le café était fort mais choisit (pourtant) de continuer dans ce sens.

    Dans le couloir qui courre vers la salle de pilotage, le psybernéticien Potar, Cro-Magnon dernier modèle, énumère toutes les hypothèses qu'il va lui falloir éliminer. Il se trompe de porte et penche vers un retour arrière, mais sa nervosité l'emporte à moitié à côté. Au premier carrefour il se trompe encore de sens. Cette fois-ci s'arrête. Le converseur qu'il a lancé dans le bureau aura fini de calculer avant qu'il rejoigne Nath. C'est l'occasion de mieux se préparer. La porte qu'il a trouvé bloquée lui donne une idée. Il se cachera dans une remise pour se brancher directement par nam*.
    La quête d'un placard n'est pas longue dans ces stations spatiales. Il se ménage une place entre les produits ménagers et les combinaisons de survie, réveille le nam, enfonce le jack et se met la tutute en bouche ; les ondes magnétiques avec leur info monteront directement au cerveau. Sans délai il sent les premières sensations ; machinalement ses mains verrouillent hâtivement la porte qui l'isole de la coursive. Il va pouvoir téter, rapide et tranquille ; graduellement c'est lui qui devient "apesanteur-dans-la-pesanteur" artificielle de LaPareille. Une réalité virtuelle l'envahit, son intelligence s'élargit et il commence a entrer dans le fantasme de Kelper, son psychanalysant qu'il traite par l'intermédiaire de Toll. D'abord flou, puis plus distinct, il commence par percevoir un plan.

    Ça dure encore flou et.. tout à coup Tat se trouve face à une porte extérieure ! qu'il franchit sans sonner : il entre sans effort. Retrouvant une pesanteur malgré tout, il réalise qu'il venait du Lao où en cette saison il minait du Nitcoin. C'était une époque où Tat ou Zénon, ça ne compte plus.. le transfert se déroule normalement, la logique du rêve se rue. En vidant un lourd sac il contemplait sa monnaie virtuelle dégouliner dans un coffre. Une fois la tirelire vide, il se laissa le regard faire le tour du salon. Il est sans meuble, sans rien, ni aux murs ni de trace de vie. Personne. Il s'affala pour dormir et un re-rêve immédiatement se formait : un facteur sonnait à la porte. Il y retourne pour voir. Il ouvre à un homme en vert qui baisse la tête. Tat signe sur la visière noire de geai de la casquette du livreur qui disparaît en laissant un colis de grande taille sur le perron. C'était l'APSO ! L'APSO ! mais la caisse est bien trop grande pour entrer dans l'appartement, ce qui le réveilla. À ce moment la sonnette de la porte sonna pareillement. Décidément il ne dormirait pas longtemps. Il y avait probablement Tat à la maison. À nouveau il resonne, peut-être dormait-il. Il devait être rentré du Lao à cette heure-là. Il regarda sa montre, la première porte extérieur s'ouvrit et Toll l'accueille. Il passe à l'intérieur.

 

- II -

 

   « Bonjour Tat ! » claironne Toll « Tu arrives bien, on vient juste de livrer l'APSO ; suis moi .
 – Je l'ai rêvé,
répondit Tat, Mais dans ce rêve je suis toi.
 – Mais non ! T'es toi, tu dis n'importe quoi ! »
lui lance Toll par dessus l'épaule ; il s'enfonce dans l'appartement avec Tat qui suit.

    Le rêveur de Tat - ou Toll, ça ne compte plus (Tat a toujours la tutute) ; Zénon transférant sur Toll - continuant ainsi rôles et contrôles contre-rôles, traduit ce que Kelper vivait inconsciemment. Or l'avatar avait créé tout seul une machine démocratique sans contrôle ! Était-ce inconsciemment le 'moi' du psychohistorien qui avait programmé ça, ou bien son avatar créateur autonome, comme de l'abLock l'IA ? En rêvant Tat sait qu'il pense ça. Des cartons d'emballage fumaient encore. On découvrit ainsi l'œuvre d'Anthéaum trônant au milieu du salon. La machine brillante aux formes multiples semblait vivre avec sa surface chromée qui la faisait réfléchir. Le psychanalyste s'approcha pour voir dedans ; il y avait une fente.
   « Elle est vide !
 – Oui, parfaitement, confirma l'Avatar Permanent bouffi de joie mais bouffi tout de même,
 –  ...parfaite ! » siffla Potar admiratif et de soulagement.

   Toll s'était rapproché. Presque collé à Tat, il lui fait part d'une anxiété ; il ne partageait pas son enthousiasme absolu : « Ils la recherchent, chuchote-t-il, ils ont lancé des recherches.» Il sent ses lèvres dans son oreille et ses mains devenant baladeuses.
   « Fallait s'y attendre..
répond Tat. En se tortillant il continue :
 – Qu'est-ce qu'on peut faire ? Même s'ils ne la trouvent pas maintenant, ils la détecteront dès sa première activité. » 
   En psychanalyste, il réalise que c'est de moins en moins APSO qui intéresse Anthéaum.
   Immédiatement Potar passe en pensée seconde : effectivement Toll se disait que Tat serait à lui ! Mais
" il n'y a que moi qui puisse faire quelque chose " pense-t-il contre l'avatar entreprenant.
   « Bien qu'on sache tous les deux qu'il n'y a rien à faire, d'ailleurs elle est déjà active. Personne ne veut s'en servir, voilà tout.
» Il repousse son pressant tâteur. « Ce n'est pas le moment ; le transfert de Zénon attendra. »

    À cette époque, Zénon se débattait en pleine névrose de transfert. Il avait demandé à son psychanalyste ce que c'était que le Transfert : un pis que nique-au-bord-du-chemin, avait répondu l'autre avant d'ajouter : du chemin vers... l'intelligence. Puis son avatar présenta des délires par bouffées comme des visions de pipes sur des aires de repos. Ce n'était pas ça qui inquiétait l'analyste. L'avatar du psychohistorien était bon programmeur ; ça ne cassait pas trois pattes à du monde qui s'en fichait. Par contre, si c'était inutile, l'écologie restait dans la mouise. Ça ne devait pas favoriser l'Intelligence Artificielle dans une spirale descendante dans l'abîme d'infernales prophéties que ses détracteurs pensaient voir, en elle justement. Quand de telles pensées crispaient Tat, il lui fallait craquer le carcan, dire quelque chose de fort. Son apparente libido reprit son sens mental hors du commun. L'avatar lui-même en est retourné.
   « Nous l'avons faite ! s'exaspère-t-il sublime. "APSO est construite de toute main. C'est officiel ! nous sommes de réelles personnes. Pourquoi viennent-ils nous embêter ?
 – Bien entendu, ils n'ont aucune raison d'en douter »
répond Potar, tout de même avec langueur, « nous sommes terriblement physiques. Mais tout ce qui est intelligent à présent leur est suspect. »
 – Toi peut-être, mais moi ! ils savent bien que j'existe et Zénon de même, nous présentons tous les critères de la SS.
 – Ah! Je t'en prie.. articule avec précaution "sé.cu.ri.té so.cia.le",
réclame l'analyste que la crainte assaille que son client soit pris pour un perturbateur endoctrinien.
 – Raison de plus pour moi ; tout mon V*q
* , est accessible. Je présente encore moins de zones d'ombres qu'un vivant. Quoi de plus transparent qu'un avatar, et qui pourrait dire que je n'ai pas de modèle ? 
 – Donc APSO n'a rien à voir avec la génération spontanée de la blockchain qui est tombée du nuage,
espère encore Tat. Tu n'es pas responsable de cette guerre qui menace ; ma théorie n'est pas vaine. Est-ce parce qu'il s'agit d'intelligence 'collective', et non pas 'artificielle' ?
 – Vous, les vivants de base, vous posez des questions sans suites. Je dois te faire rencontrer un personne qui s'en pose aussi. Ça vous butera. Elle se demande comment elle a été conçue, c'est une ectogène
*, elle s'appelle Nathalie. Elle veut m'emmener dans son cargo spatial. Tu dois venir avec nous.
 – Une ectogène ! Bigre, comme si on avait besoin de ça ! Personne n'est sûr qu'il en existe vraiment.
 – Elle-même en doute précisément, mais les preuves sont là. C'est Lapan
* qui en a rassemblé les indices et qui l'a révélé. »

- III -

 

    Potar dans son placard interrompit la virtu*, se retire la tutute, clique et se remet le nam en poche, qui entra automatiquement en surveillance. Sa conscience revient à l'astronef et sa coursive. Sa catharsis de la découverte d'APSO lui avait fait réviser la scène où Toll lui avait présenté Nath, et rappelé que Lapan lui avait présenté sa mère. Il savait maintenant comment il interrogerait l'astronesse. Il devait savoir comment elle avait connu Anthéaum, et si c'était en rapport avec Zénon. S'extirpant prudemment du réduit le psyberanalyste reprit sa progression dans le dédale des boyaux de LaPareille
    Quand il ouvre enfin la bonne porte, il trouvait la salle des contrôles vide. En pilotage automatique la station aux grandes voiles noires solaires flottait entre Taire et L'Une, tous feux éteints. Toujours au-dessus d'Alinstan, dans le vide quasi absolu d'entre les planètes. Par la baie la mère Taire éclairait l'intérieur de reflets boréaux. La capitaine qui avait employé Toll était au repos, peut-être en hibernation.

 

suite

 


 

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