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LATHAKH

 

Chap.3

 

 

- I -

 

    En faisant les cent pas, Tat Potar réfléchit à son analysant. Avant l'analyse, Zénon ne savait rien d'aMa* - la Machine-du-Je - ni de l'individu Pof. Il pouvait donc facilement être dévié. Inversement, dans ce domaine Tat, lui, avait du métier et savait mesurer le danger. Le message d'Eury pouvait venir du mausolée Vopt en bordure, mais pourquoi pas de la base au coeur que personne n'a jamais vue et dont on affirmait toujours qu'elle n'avait jamais existé. Il se dose un café triple pour calculer la situation : il allait devoir reprendre la piste de Zénon avec ses détours, au moins jusqu'à Eury. Or il appréhendait les risques à réouvrir les mémoires historiques.
    Ambivalent, Tat était pressé de reprendre une activité de démineur. Il pensait à maintenir aussi la réactivité d'apso*, l'invention qui avait résulté de sa démarche intrépide, lorsqu'il avait promu la psychanalyse par avatar interposé. Cet avatar s'était mis à créer un logiciel sans qu'on l'attendît pour ça.
    Le psychanalyste vérifia le niveau du café pour s'attirer la meilleure solution ; inquiétante superstition.. le niveau était bas. Il vida tout dans le filtre ; il faudrait en racheter, et il faudrait des sous. Sa décision était prise, il allait retourner à la salle de pilotage, obtenir de Nathalie tout ce qu'elle savait, réfléchir et décider quoi faire. Il réalisa que le café était fort mais choisit (pourtant) de continuer dans ce sens.

    Dans le couloir qui remonte vers la salle de pilotage, Tat Potar, Cro-Magnon denier modèle, énumère toutes les hypothèses qu'il va lui falloir éliminer. Il se trompe de porte et penche vers un retour arrière. Mais sa nervosité l'emporte à moitié à côté. Au premier carrefour il se trompe encore de sens. Cette fois-ci il s'arrête. Le converseur qu'il a lancé dans le bureau aura fini de calculer avant qu'il rejoigne Nath. C'est l'occasion de mieux se préparer. La porte qu'il a trouvé bloquée lui donne une idée. Il se cachera dans une remise et se branchera directement par nam*. La quête d'un placard n'est pas longue dans ces stations spatiales. Il se ménage une place entre les produits ménagers et les combinaisons de survie, réveille le nam, enfonce le jack et se met la tutute dans la bouche ; les ondes magnétiques avec leur info monteront directement au cerveau. Sans délai il sent les premières sensations ; machinalement ses mains vérouillent la porte qui l'isole de la coursive. Il tête bientôt, rapide et régulier ; graduellement il devient lui-même "apesanteur" dans la pesanteur artificielle de La Pareille. La réalité virtuelle l'envahit, son intelligence s'élargit et il commence a entrer dans le fantasme de Kelper, son psychanalysant qu'il traite par l'intermédiaire de Toll. Il commence par percevoir un plan.

    C'est encore flou et tout à coup ! Tat se trouve face à une porte extérieure qu'il franchit sans sonner : il entre sans effort mais retrouvant une pesanteur malgré tout. Il réalise qu'il venait du Lao où en cette saison il minait du Nitcoin. C'était une époque où Tat ou Zénon, ça ne compte plus ; le transfert se déroule normalement . En vidant un lourd sac il contemplait sa monnaie virtuelle dégouliner dans un coffre. Une fois la tirelire vide, il se laissa le regard faire le tour du salon. Il est sans meuble, sans rien, ni aux murs ni de trace de vie. Personne. Il s'affala pour dormir et un rêve immédiatement se formait : un facteur sonnait à la porte. Il y retourne pour voir. Il ouvre à un homme en vert qui baisse la tête. Tat a signé sur la visière de la casquette du livreur qui disparait en laissant un colis de grande taille sur le perron. C'était l'APSO ! mais la caisse était trop grande pour entrer dans l'appartement, ce qui le réveilla. À ce moment la sonnette de la porte sonna pareillement. Décidément il ne dormirait pas longtemps. Il y avait probablement Tat à la maison. À nouveau il resonne, peut-être dormait-il. Il devait être rentré du Lao à cette heure-là. Il regarda sa montre, la porte s'ouvrit et Toll l'accueille.

 

- II -

 

- Bonjour Tat ! " claironne Toll en le faisant entrer " Tu arrives bien, on vient juste de livrer l'APSO ; suis moi .
- Je l'ai rêvé " répondit Tat " Mais dans ce rêve je suis toi.
- Mais non ! T'es toi, tu dis n'importe quoi " lui lance Toll par dessus l'épaule ; il s'enfonce dans l'appartement et Tat le suit.

    Le rêveur de Tat - ou Toll, ça ne compte plus ; Zénon transférant sur Toll - continuant ainsi rôles et contrerôles, traduit ce que Kelper vivait inconsciemment. Or l'avatar avait créé tout seul une machine démocratique sans contrôle ! Était-ce spontanément que le 'moi' avait programmé ça ? Des cartons d'emballage fumaient encore. On découvrit ainsi l'APSO trônant au milieu du salon. La machine brillante aux formes multiples semblait vivre avec sa surface chromée qui la faisait réfléchir. Le psychanalyste s'approcha pour voir dedans ; il y avait une fente.
- Elle est vide !
- Oui, parfaitement " confirma l'Avatar Permanent bouffi de joie mais bouffi tout de même,
- ...parfaite ! " siffla Potar admiratif et de soulagement. Toll s'était approché. Presque collé à Tat, il lui fit part d'une anxiété. Il ne partageait pas son enthousiasme absolu : " Ils la recherchent. Ils ont lancé des recherches." Ses mains devenaient baladeuses.
   Il fallait s'y attendre, répond Tat. " Qu'est-ce qu'on peut faire ? Même s'ils ne la trouvent pour le moment, ils la détecteront dès sa première activité."
  En réalisant que l'avatar devient indifférent au sort d'APSO, le psychanalyste passe en pensée seconde ; effectivement Toll se disait que Tat serait à lui. " 
- Il n'y a que moi qui puisse faire quelque chose, continuait à penser Tat Potar. " Bien qu'on sache tous les deux qu'il n'y a rien à faire. D'ailleurs elle est déjà active. Personne ne veut s'en servir, voilà tout. " Il repousse son pressant compagnon. " Ce n'est pas le moment. Le transfert de Zénon attendra. "

    À cette époque, Zénon se débattait avec peine en névrose de transfert. Il avait demandé à son psychanalyste ce que c'était : un pis que nique-au-bord-du-chemin, avait répondu l'autre avant d'ajouter : du chemin vers... l'intelligence. Son avatar présentait des délires par bouffées comme des visions de pipes sur des aires de repos. Ce n'était pas ça qui inquiétait l'analyste. L'avatar du psychohistorien était bon programmeur ; mais ça ne cassait pas trois pattes à du monde qui s'en fichait. Par contre, si c'était inutile, l'écologie restait dans la mouise. Ça ne devait pas favoriser l'Intelligence Artificielle dans une spirale descendante dans l'abîme d'infernales prophéties que ses détracteurs pensaient voir, en elle justement. Quand de telles pensées crispaient Tat, il lui fallait craquer le carcan, dire quelque chose de fort. Son apparente libido reprit son sens mental hors du commun.

- Nous l'avons faite ! s'exaspère-t-il acerbe. "APSO est construite de toute main. C'est officiel ! nous sommes de réelles personnes. Pourquoi viennent-ils nous embêter ? "
- Bien entendu, ils n'ont aucune raison d'en douter, dit Potar avec langueur, " nous sommes terriblement physiques. Mais tout ce qui est intelligent à présent leur est suspect. "
- Toi peut-être, mais moi ! ils savent bien que j'existe et Zénon de même, nous présentons tous les critères de la SS.
- Ah! Je t'en prie.. articule avec précaution "sécurité sociale", réclame l'analyste que la crainte assaille que son client soit pris pour un perturbateur endoctrinien.
- Raison de plus pour moi ; tout mon V*q *, total recall, est accessible. Je présente encore moins de zones d'ombres qu'un vivant. Quoi de plus transparent qu'un avatar, et qui pourrait dire que je n'ai pas de modèle ? "
- Donc APSO n'a rien à voir avec la génération spontanée de la blockchain qui est tombée du nuage. Tu n'est pas responsable de cette guerre qui menace. Est-ce parce qu'il s'agit d'intelligence collective alors ?
- Vous, les vivants de base, vous posez des questions sans suite. Je dois te faire rencontrer un personne qui s'en pose aussi. Ça vous butera. Elle se demande comment elle a été conçue, c'est une ectogène, elle s'appelle Nathalie. Elle veut m'emmener dans son cargo spatial. Tu dois venir avec nous.
- Une ectogène* ! Bigre, comme si on avait besoin de ça ! Personne n'est sûr qu'il en existe vraiment.
- Elle-même en doute précisément, mais les preuves sont là. C'est Lapan* qui en a rassemblé les indices et qui l'a révélé.

- III -

 

    Potar dans son placard interrompit la virtu*, se retire la tutute, clique et remit le nam en poche, qui entra automatiquement en surveillance. Il revint dans l'astronef et sa coursive. Sa catharsis de la découverte d'APSO lui avait fait réviser la scène où Toll lui avait présenté Nath, et rappelé que Lapan lui avait présenté sa mère. Il savait maintenant comment il interrogerait l'astronesse. Il devait savoir comment elle avait connu Antheaum, et si c'était en rapport avec Zénon. Il s'extirpa prudemment de la remise et reprit sa progression dans le dédales des boyaux de LaPareille
    Quand il ouvre enfin la bonne porte, il trouvait la salle des contrôles vide. En pilotage automatique la station aux grandes voiles noires solaires flottait entre Taire et L'Une, tous feux éteints. Toujours au-dessus d'Alinstan, dans le vide quasi absolu d'entre les planètes. Par la baie la mère Taire éclairait l'intérieur de reflets boréaux. La capitaine qui avait employé Toll était au repos, peut-être en hibernation.

 

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