accueil table

 

LATHAKH

ed.2021 / V0

Chap.29 - Chap.30 - Chap.31

Massématique et Statéthiques

 

   Il fait chaud sous cette fourrure. Certains manifestants se retournent en entendant souffler Dodo, mais heureusement ils regardent vite en l'air captivés par les portraits géants de la déesse Houppette qu'ils commencent à vénérer. D'autres manifestant déguisés ne sont pas rares, qui passent pour des publicités. Personne n'oserait imaginer qu'elle est là en personne parmi eux en costume de lapin. Tout le monde cherche encore ce qu'il faut devenir dans le nouveau paysage, la police n'est pas encore sur les lieux, qui lui demandera de se retirer la tête et prouver qu'elle l'a bien sous le nez, la houppette.
   Ce grotesque postiche va devenir un trait unaire. Une Inspectrice des Obéissances en connaît la fonction : un trait insensé "aliène par ailleurs", c'est du b.a.ba technique de la servitude. En mesurant les forces que Pof met ainsi en mouvement, elle craint d'être reprise d'un coup de mou. Il ne faut pas qu'elle tarde, ils vont finir par arriver et elle détonne avec les lapins la suivent, échappés de l'APSO qu'elle cherche à chasser des pieds. Chaque fois qu'elle se retourne elle voit la longue file s'étendre, étirée de l'immeuble de l'être psychique. Elle ahane dans sa dent-micro ; son équipe l'entend. « La ville est fermée ! plus de taxis volants ! » lui disent ses pilotes restés hors-zone. « Incapables, bande de nuls, peste-t-elle ; dites-moi au moins si je suis loin de la Zélée...»

   De son appartement Thx enfin seul se penche à la fenêtres. Des lapins courent partout ; il a laissé les portes ouvertes, quelque chose a dû se passer dans l'APSO qui ne les attire plus. Ils s'échappent par les toits, les escaliers. « Ils cherchent à rejoindre l'Inspectrice – pense-t-il – qu'ils prennent pour leur mère » ; ça lui fait repenser à Nathalie qui pend toujours au téléphone. Il la prend.
   « Pardonnez-moi, c'est un peu le remue-ménage...
 – Ne vous excusez pas, j'imagine comment ça se passe sur Taire, répond Nathalie, ici sans même qu'ils sachent encore parler, mes embryons sont dans un état de folie. Vous savez ce que c'est ?
 – Précisez-moi les symptômes, sans savoir c'est difficile. » Allant refermer la fenêtre, Thx s'est repenché vérifier le long de la longue avenue, la lapine en fourrure suivie par la ribambelle qui continue de sortir de chez lui. « Il y a synchonicité, se dit-il ; dans le combiné Nathalie s'exécute :
 – Je venais de quitter mon Second, il avait fallu que je lui ordonne de contacter son double, exagère-t-elle, et j'étais tranquille pour m'occuper de mes 40.050 foetus - vous vous souvenez ?
 – Très bien,
 – Je les ai retrouvés nimbés, ils baignaient dans une lumière bleue mais quand j'entrai dedans qui disparaissait
 – La lumière ? 
 – Oui.
 –
Vous ne la perçûtes que de l'hors.
 – C'est bien résumé. »
   Il y eut un silence que Thx brisa : « Alors?
 – J'ai pensé que vous pourriez me renseigner. Est-ce qu'il y a quelque chose qui cherche à contaminer ma cargaison ? Je dois les protéger. Mon neuralant veut les soumettre à la psychologie collective ; mais ça n'a rien à voir, n'est-ce pas ? Si vous pouviez me rassurer au moins. »
   Pour Thx c'est assez clair. L'émanation vitale n'est pas perçue par cette ecto ; c'est normal, elle est bio. Mais elle a la clé de l'APSO sans le savoir ; le massemathicien en est convaincu depuis qu'elle a murmuré « Hhh » à son premier contact. Elle connaît peut-être sa formule et la lui livrera sinon plus de renseignement, tant en conscience qu'à son insu.

   « Est-ce que vous pensez que les hormones ont un rapport avec l'orgasme ?
 – Il me cherche, s'inquiète la Capitaine mais la cybernéticienne en elle saura lui retourner le désir s'il le faut. Je vous rappelle que si vous m'avez montré votre APSO, j'avais accepté en tout bien tout honneur.
 – J'y pensais, justement ! Mais si je devais vous parler de la prânique il ne faudra pas entendre âpre à niquer ! La panique s'entend hors-sexe, du contredit sex-temps.
 – D'accord, restons scientifique, oui. Ça semble un peu évident, non ? Je connais mon Lapan et c'est d'ailleurs éclatant chez les lapins. La lapine ovule en montrant bien le rapport.
 – Ça devrait pas mal ouvrir une piste. Vous n'avez pas qu'été voire Tyresias quand vous avez neuralé. Mais vous n'êtes pas une lapine non plus.

 – C'est vrai. Vous êtes fort en synthèse, complète Nath oppressée.
 – C'est la massémathique, répond Thx qui se garde de révéler tout le psychisme.
 – Admettons que nous avons copulé. Je ne vois toujours pas le rapport.
 – Vous ne pouvez pas le voir, pense à ne pas dire Thx. Ce n'est pas comme le rapport entre APSO et votre amant.
 – Mon amant est un avatar du psychohistorien Zénon Kelper. » lâche Nathalie tombée dans le panneau. C'est tout ce que Thx voulait savoir.
   « Je vous dis ça parce qu'ils ne s'entendaient pas très bien et je ne voudrais pas non plus vous fâcher, ajoute l'ectogène qui sait quelle torture Kelper faisait subir à Thx et qu'il ne sait pas qu'elle sait. Kelper ne savait pas du tout ce que c'était qu'APSO.
 – J'ai compris que personne ne le sait mais voyez-vous, cette lumière bleue n'est pas sans rapport avec vos orgasmes et donc avec l'hormone.
 – C'est ce que je commence à me dire, ça n'a rien à voir avec APSO.
  – C'est pour ça. » confirme Thx avec les yeux qui se ferment, comme s'il concluait toujours la même chose.

   Le temps de leur conversation l'Inspectrice Dodo est arrivée à la Zélée. Sachant que Nathalie l'a précédée elle cherche à reprendre la préséance. En même temps qu'elle déclarait qu'elle voulait entrer, elle insère martiale sa carte pro ; sans surprise elle entend que ça bouge pas mal à l'intérieur puis la porte s'entrouvre.
   « Mais vous êtes en lapin.. fait remarquer Prudent, le portier.
 – Pas si vous m'aidez à dégrafer dans le dos.
 – Faites entrer madame, dit une autre voix derrière.
 – Pas possible ! » tressaille l'entrante en la reconnaissant. Elle s'insère en se ressaisissant et Prudent aussitôt crie quand elle s'ôte la tête : « La Big Mother ! » trémolo-t-il en se tournant vers l'autre toujours ;dans l'ombre. Cette fois-ci Dodo n'a plus de doute en l'entendant rire. « C'est l'engrenage ; il s'esclaffe comme s'il jouissait d'une victoire et s'adresse au portier :
 – Continuez à la sortir de sa gousse, ordonne-t-il pour le calmer. Je suis descendu vous accueillir , je savais que c'était vous – puis à Dodo, en sortant de l'ombre : vous surveillez et nous souveillons, vous inspectez et nous toupillons. Est-ce parce que nous vous avons étourdie que vous vous rattrapez avec un symptôme ? Nous nous agitons trop et vous rêvez de nous arrêter avec un toupillon !.
 – Il pourrait s'agir d'un malentendu. » réplique l'Inspectrice qui extrait sa forme humaine. Elle essuie un second éclat de rire : « Vu comme vous vous affichez ! Vous avez terrorisé ce pauvre homme qui courre porter vos poils à la benne.
 – Vous ne semblez pas savoir ce dont vous êtes témoins ! C'est une cabale montée contre moi par toute la bande à Pof qui veut me faire porter le chapeau de la houppette. Premièrement je vous ferai remarquer que ça n'a rien à voir avec un toupet, et deuxièmement que j'y suis complètement opposée ; je cherche à entrer en contact avec des groupes dissidents.
 – Ça ne date pas d'hier que vous cherchez les dissidents, nous savons tous pour quoi faire.
 – Vous êtes devenu dissident ?! saisit-elle.
 – Je l'ai toujours été, ou plutôt, à partir du moment où l'HomoPou a perdu le contrôle, j'ai commencé à prendre connaissance de ses archives privées.
 – Justement moi aussi : la dissidence féminine - je suis convaincue que c'est notre salut.
 – Ce n'était pas de lui.
 – Raison de plus ! Allions-nous, oublions le passé, je reconnais mes torts. Pof me dirigeait sur la mauvaise voie ; vous voyez comme il m'extermine maintenant. Il s'est emparé de mon image. Jusqu'à cette femme que je poursuis, que ne vous a-t-elle pas dit de moi ?!
 – Que vous aviez volé ces documents. Et les démineurs se sont mis de mon côté, ment-il aux trois quart, il ne vous reste rien à prétendre. Vous êtes cuite.
 – (Dodo voit l'abîme) ; prouvez-le moi ! Je peux encore nous pulvériser à la minute par un missile.
 – Pas de chantage, prévient-il.. pour la forme – il vient de partir retrouver l'infirmière. Vous vous en souvenez ; en voilà une qui a bien su dissider, la vache !
 – Hein ! geint-elle – le coup l'abat. Mais qu'en voulez-vous encore à cette pauvre femme ?
 – Celle que vous poursuivez nous inquiète. Avez-vous trouvé ce que c'est qu'un 'ucmpp' ? C'est venu de chez Zénon. Vous voyez, nous on sait enquêter. Elle aussi semblait savoir.
 – Moi pas trop. Dodo ressent d'un coup une grande fatigue ; elle revient à Nathalie. Écoutez, c'est une ectogène, c'est tout ce que je peux vous dire, je ne sais pas d'où elle sort. Il faut que je rentre, laissez moi partir.
 – Vous n'avez pas le choix. Rentrez vous rendre à Pof ; vous serez notre taupe. »
   Les larmes se mettent à couler de ses pommettes aux seins de la tyrannie vaincus. Le directeur savoure un bref instant puis en faisant chercher du kleenex commande : « Nous allons vous exfiltrer en fourgonnette. La foule pensera que vous êtes une des leurs capturée, vous serez applaudie, ça vous consolera. Nous allons disparaître, vous allez continuer à faire de Pof Pof, mais nous vous contacterons. » En prenant un ascenseur, il laisse son Inspectrice dans le hall attendre sa voiture.

*     *     *     *

   L'Une est plus grosse que Taire maintenant vue de Lapareille. La capitaine a installé un lit de camp près des incubateurs. Elle loge dans un carré à peine isolé par une paroi percée. Tat soupçonne qu'elle y passe tous ces temps de pause branchée sur Toll ; ni l'un ni l'autre ne vient beaucoup en séance. Il se branche aux gazettes qui commentent la Tempête et célèbrent cette Inspectrice qui est maintenant devenue l'icône régnante sur ces hordes. La loi qui porte son nom a rendu obligatoire le port de l'houppette. Elle dicte en amendement à chacun, quand et dans quel aldé la tremper
   Le Premier Commandement, Liberté, n'a pas permis d'étendre jusqu'à la trempette son obligation. L'aldéhildation a été universalisée sous la contrainte : " toute ingestion de nourriture est suspendue tant que la trempette de l'houppette ne fournit un taux carabiné dans le bulbe olfactif ". La mesure surhumaine des Obéissances dans ces conditions avait libéré le génie de Dodo qui rétablit du même coup la Liberté chancelante : " Tous et toutes, citoyen, citoyenne, est libre et en droit de vérifier dans le nez de son semblable ledit taux à l'aide unique du 'goupillon Pof' ". En favorisant le commerce du l'écouvillon à la marque de son tortionnaire, l'inspectrice s'était rendue inattaquable ; en réaffirmant l'universel égalitaire de la République, elle s'était rendue célèbre comme la garantie culturelle de Taire. Même Pof avait fait connaître son appréciation en lui faisant remettre le "Doit dans le nez" - l'insigne suprême de l'office à l'Obéissances.

   « Dodo m'a dit qu'elle voulait une séance.
 – Vous la voyez toujours ?
 – Plus que jamais. Elle est terrifiée et je la rassure je suppose. Mais elle a besoin de parler, je le sens ; elle ne me dit pas tout.
 – Et vous ?
 – Euh..
 –  (silence)
 – Bon, il faut que je vous le dise. Quand elle me lâche un peu, je fais des rencontres et j'ai appris des choses. Je me souviens.. »

   Tat remarque qu'il fait nuit sur Taire. Sous l'autoroute périphérique Eury a des reflets orangés. Elle raconte comme en transe on mémorise. 

   « Nous avions convenu qu'il ne viendrait pas m'attendre. Mari en avait un peu marre de me prendre chaque fois que je sors de son bureaux. Dodo l'exige du pauvre homme pour me surveiller. En adhérant à l'objet de son fantasme j'ai compris qu'il s'agissait d'une rencontre précise qu'elle cherche à empêcher ; certainement Soissan. Je lui fis croire que c'était Toll. Mari a une passion pour Toll, je sais maintenant pourquoi ; sans qu'il le sache il cache pour lui un autre monde. C'est le pareil des mondes m'a dit Soissan. Mari a accepté d'arrêté de me suivre, à une condition que je le lui présente. Je me rendis chez Zénon et ça ne manqua pas..
 – Vous savez que Toll vous y a rencontré..
 – Pas du tout ! il y avait un mot dans ses appartements vides, c'était Soissan qui cherchait à me revoir.

   La subtilisation de Toll dans son coït a été totale, mesure le psychanalyste.

C'est ainsi que nous avons fixé un rendez-vous. Je l'ai ramené à Mari qui n'a rien dit. Vous n'allez pas dire que..
 – Non, je ne dirai rien.
 – Eh, bien voilà ; bien sûr ces vieilles connaissances se sont reconnues, les démineurs étaient amis et ce fut facile de nous retrouver à trois au lit. Mais il s'est passé quelque chose d'incohérent. Mari n'était pas jaloux. J'ai pensé détenir la preuve qu'il ne m'aimait pas ou bien qu'il était homo mais ça ne collait pas, je les connais bien. C'est quelque chose du côté de Soissan qui ne permettait pas ça. Il m'a dit que c'était à cause de Toll et que Toll en était un - il m'a expliqué ce que c'était qu'un ucmpp. C'est pour ça que Mari voulait le rencontrer.
 –  (silence)
 – Ça ne vous gênerait pas de me faire un retour ? Moi ça m'embête pour Zénon s'il est cloné. En tous cas ils ont la formule H. Je me doutais bien que ce directeur n'était pas clair. Ça c'est Dodo qui me l'a dit. Vous savez qu'elle pleure ? Elle dit que c'est le Féminisme qu'ils refusent, sa formule F. Ça m'étonnerait que Zénon ait écrit La Dissidence Féminine. Il était plutôt du genre à penser que la psychohistoire suffisait. Ah! ces hommes, toujours suffisants quand ils pensent. Vous ne dites rien, vous pensez. Je suis sure que vous ne savez pas ce que c'est qu'APSO ; en tous cas Soissan et sa bande ne le savent pas. C'est ce qu'ils cherchent. Vous ne me le direz pas. Vous préférez que je vous parle des femmes n'est-ce pas ?

 –  (silence)
 – Ils ne savent pas non plus ce que c'est que le féminin. Zénon avait des idées là-dessus qui ne sont peut-être pas clonables ; Toll voulait que Dodo le confonde avec sa Capitaine. C'est tordu. Je n'attends rien de vous vous savez. Il dit que chez l'être humain la différence sexuelle retient le chiffre de la réalité. Il faut s'accrocher n'est-ce pas ! parce que ça semble facile et insignifiant à dire. Mais c'est parce qu'on n'imagine pas que si nous n'avions pas de rapport sexuel on ne saurait jamais ce que c'est que l'esprit dans le monde. C'est indémontrable n'est-ce pas ? On ne peut que le mettre en scène...
 – La séance est terminée.

 – Comment pourrait-on essayer ? refuse-t-elle d'entendre ; je joue la bite et vous le con. Je suis sur Taire ; vous êtes vraiment dans le vide ? »

   Tat a coupé la communication. Eury est débitée ; elle descend de sa table, compose le numéro de Toll... « Allo ! » répond Nathalie. Eury raccroche. Elle pense à Soissan mais il va encore l'emmener chez Zénon. Elle va rentrer retrouver Mari mais il n'en peut plus que Dodo lui demande ce qu'elle a fait. Elle relonge l'autoroute et atteindra le parc après être passée devant les affiches de sa maîtresse qui dirige le monde à l'aide d'une moustache hypnotique. Elle sort une houppette de son sac et l'humecte de la lotion spéciale que Dodo lui remet à chaque visite - dispensée de Tous-à-l'Houppette, elle sait saine cette liqueur-là. C'est l'avantage d'être la favorite de celle qui veille au rite. Mais Dodo est-elle franchement la déesse de l'Houppette ? Elle renifle un grand coup et ses pensées s'arrêtent.

   Potar s'est machinalement levé et flotte sans s'en rendre compte vers sa pharmacie. Il entend encore Zénon dire ce qu'Eury dit. Ce qui distingue la psychanalyse, lui Potar, de la psychohistoire, lui Zénon : l'abolition de la sexualité en pratique. Faute de connaître la différence, vient de lui rappeler l'amante analysante de Kelper disparu, le féminisme revient à la place d'APSO. « Il ne peut tout de même pas interdire de déchiffrer la réalité par manque de rapport. » Il a beau dire, il sent qu'il y a quelque chose ; assez vite il reconnaît l'angoisse. Une petite angoisse simplement, mais qui monte, c'est incontestable. Il se tortille dans le vide pour essayer d'accélérer l'allure mais ses mouvements sont dérisoires et il n'a rien à quoi s'accrocher. Soufflant comme un avion il pourrait passer le mur du temps en progressant par millimètres, mais l'angoisse, elle, monte encore. Ça ne le prive pas de réfléchir, il a du métier mais c'est profond; Une idée qui vient le soulage : " c'est dans l'APSO que ça s'appelle " ; puis il se dit « Personne ne sait ce que c'est. Le premier qui le trouvera va faire un malheur. » Maintenant il a envie de vomir, il sue froid et il étouffe ; si lui le trouve, dans cet état, ça ne pourra être que du bonheur. La simplicité même du raisonnement l'écœure - et son cœur bat la douleur en démesure. Il est à son armoire ! Comment est-il arrivé là ne le concerne plus, mais que vient-il chercher là-dedans ? Des tranquillisants, des vaccins, des antibio, des antisuc, il balance tout à travers le bureau, à l'angoisse s'ajoute la panique. Et si quelqu'un trouvait avant lui ? « Il me tuerait ! » Tat a vidé l'armoire et pense qu'il meurt. Il ne reste plus que la tutute sur un des rayons. La tutute ! Sans que ça aille vraiment mieux, il a la sensation d'être arrivé. Et ça soulage tout de même. « Je dois reprendre la tutute, je dois retrouver l'APSO. » Il n'a plus de doute, il se dégrafe le col, se retire les chaussures ; débrancher l'alarme, s'ouvrir la ceinture, regarder l'heure. « C'est l'APSO original...» se répète-t-il en boucle en sortant fébrilement de l'étui le petit caoutchouc rose ; en rejetant la tête en arrière, il se la met commençant à téter avidement. Tout de suite l'effet se fait sentir...
   Il disparaît.
   Dans le nouvel espace où maintenant il flotte, le psychanalyste reconnaît la maison, il se retrouve à nouveau dans la mémoire de Toll où il peut traverser les murs. Tout semble abandonné, personne n'est revenu là depuis. Toll a dû l'oublier ; c'était son idée mais depuis qu'il passe aux actes il l'aura oublié comme la scène primitive. Il n'y a plus rien d'électrique, c'est plutôt fantomatique. L'APSO seul est toujours là, inchangé toujours brillant ! Il a comme un sursaut, « Et qu'est-ce que je fais maintenant ? » Tat craint que l'angoisse recommence. Mais rien. Impossible d'éprouver la moindre anxiété en cette compagnie absolument neutre. Elle impose la tranquilité, même la confiance. Si seul et depuis si longtemps, il n'hésite presque pas. Sa main pour la première fois touche APSO. Rien ne se produit, pas une électrocution, pas une brûlure, pas une épilepsie, aucune fonte - au contraire c'est doux. Avec des stries on dirait. C'est invisible mais son ongle explore. Il s'entend dire « C'est une fente à voter » et s'étonne encore quand il ajoute « C'est évident. »
   Revient alors le souvenir d'Eury comme s'il était très loin. « Que cherchait-elle ? » Elle aboutissait au rapport sexuel. Il reprend de là. Elle n'avait pas parlé de Nathalie qui l'avait télépathée dans son rapport. Son intuition se renforce. Pendant ce temps la fente se laisse élargir. C'est une porte réalise-t-il au moment où il sort de ses réflexions sur la découverte de l'orgone par Toll, l'acceptation de l'hormone par Nath. S'il entre maintenant il aura la clé d'APSO. Pour un psychanalyste, c'est tout de même un honneur. Tat sent qu'il gonfle. Mais ce n'est pas cela, il entre comme une fleur et, comme si c'était évident, plus aucune question ne se pose lorsqu'il voit, qu'il découvre la forme humaine irradiante d'un doux bleu.

 

- suite -